A la fin de chaque année liturgique, l’Eglise célèbre la solennité du Christ Roi de l’univers. Pourquoi cette solennité en fin d’année plutôt qu’au début ? D’où vient-elle et quelle est sa signification ? Qu’en dit la liturgie ? Comment est-elle célébrée ?
La longue suite des dimanches du Temps Ordinaire se finit par la vision majestueuse du Christ, Roi de l’univers. C’est une des célébrations les plus importantes de l’année liturgique. En concluant l’année liturgique, elle célèbre la royauté universelle du Christ, une royauté qui n’a rien à voir avec le pouvoir temporel. Cette fête marque également l’évolution de l’Eglise au XXe siècle. Aux débuts du Christianisme, cette solennité était inexistante. D’où est-elle partie ?
Bref historique de la fête
Le XIXe siècle est une époque fortement marquée par la sécularisation de la société. La séparation entre l’État civil et la sphèrereligieuse entraîna notamment la suppression des États pontificaux. Conséquence, on note un laïcisme qui méprisait le Christ. En réponse à cette sécularisation et plus particulièrement contre la suppression des Etats pontificaux, des travaux furent entrepris sous l’ordre du pape Benoît XV. C’est donc grâce à l’œuvre réalisée par Georges et Marthe de Noaillat , à la demande du pape Benoît XV, puis de Pie XI que l’idée d’une fête du Christ-Roi prit forme. Georges et Marthe réunirent pendant six années les signatures de centaines d’évêques et de milliers de fidèles réclamant l’institution d’une fête du Christ-Roi accompagnée d’une encyclique proclamant sa « Royauté universelle ». Le dossier est remis au pape Pie XI. De plus, un mouvement se développa depuis Paray-le-Monial, une providence où la dévotion du Sacré-Cœur était forte. Trente mois plus tard, le pape proclame la Solennité du Christ-Roi dans son encyclique Quas primas, le 11 décembre 1925. En cette année, nous célébrons donc le centenaire de cette fête.
Sens de la solennité
Le but de l’institution de la Solennité du Christ-Roi est clair. Le pape l’exprime au numéro 19 de la lettre encyclique Quas primas. C’est pour apporter « un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine. […] La peste de notre époque, c’est le laïcisme ainsi qu’on l’appelle, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles ». Cette fête s’inscrit dans le contexte de la montée des totalitarismes en Europe. Et on pourrait y voir aussi une tendance à la théocratisation de la société, mais sa signification est toute autre : elle proclame la souveraineté spirituelle du Christ sur l’ensemble de la création. La souveraineté du Christ s’exerce ainsi sur les réalités humaines (Quas primas, N°12), et le genre humain doit le tenir comme son législateur (Quas primas, N°19). Le Christ est roi, et règne sur tout. Au départ, la fête était désignée dans les livres liturgiques « Notre Seigneur Jésus-Christ Roi » (Missale Romanum, 1962). Le titre de la solennité que nous connaissons aujourd’hui a été précisé à partir de 1970 : « Notre Seigneur Jésus-Christ Roi de l’univers » (Missale Romanum, 2002).
Quelques sources bibliques
La royauté du Christ trouve son fondement dans l’Écriture. On peut rapporter à ce concept ces extraits bibliques. Dans la prophétie du patriarche Jacob, on peut lire : « La royauté n’échappera point à Juda, ni le commandement, à sa descendance, jusqu’à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront » (Gn 49,10). De même chez le prophète Jérémie, nous lisons : « Voici venir des jours, déclare le Seigneur, où je donnerai à David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice » (Jr 23,5). À cela s’ajoutent les psaumes royaux, qui préfigurent la royauté universelle du Christ.
Calendrier et liturgie
La fête est d’abord fixée au dernier dimanche d’octobre, c’est-à-dire le dimanche qui précède la Toussaint. Depuis la réforme liturgique de 1969, elle est célébrée le dernier dimanche du calendrier liturgique, vers la fin du mois de novembre, soit le 34e dimanche du temps ordinaire qui précède le premier dimanche de l’Avent, lequel est le début de l’année liturgique.
La liturgie de la fête ne nous donne pas seulement un message lié à la royauté du Christ. L’Evangile de l’année liturgique B (Jn 18, 33b-37) présente Jésus devant Pilate qui se déclare roi alors qu’il n’a plus aucun pouvoir. Les années A (Mt 25, 31-46) et C (Lc 23, 35-43) présentent respectivement le Christ en roi berger et crucifié. Ces textes mettent en avant la figure de Jésus persécuté tout en proclamant sa dignité royale.
Dans bien de régions du monde, la célébration de cette fête est marquée la procession du Saint-Sacrement à travers les villes et villages, les quartiers et ruelles. Cela pour montrer sa souveraineté sur toutes les principautés. Cette tradition, autrefois liée à la Fête du Saint-Sacrement, est encore vivante au Bénin dans tous les diocèses et dans les paroisses. La paroisse Saint Antoine de Padoue n’est pas restée en marge de cette célébration. La procession s’est ainsi ébranlée à travers tous les coins et recoins de Cocotomey, dans une atmosphère profonde de prière et de louange, rendant gloire au Christ, Roi des rois.
Alors que nous vivons les derniers jours de l’année liturgique, je vous souhaite une sainte fête du Christ-Roi de l’univers. Avant d’entrer dans la nouvelle année liturgique, prenons le temps d’une introspection pour sonder la place du Christ dans nos vies. Avant de vouloir faire régner le Christ sur le monde, demandons-nous ce que fut l’année écoulée : avons-nous laissé le règne de Dieu façonner notre existence ? Dieu règne-t-il en notre cœur ? Cette démarche est essentielle si nous voulons reconnaître le Christ comme Roi dans un monde toujours plus laïcisé.
Que Dieu règne en chacune de nos vies. Amen !
Dègla Maxime DAGBA